Alain Soirat généalogiste    
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Le Petit Journal du 27 décembre
Cour d’assises de l’Ardèche
Présidence de M. BLANCHARD
Conseiller à la cour impériale de Nîmes
Tentative de parricide et de meurtre – Un jaloux sans raison.
L’accusé, Joseph Louis SILHOL est âgé de quarante-cinq ans. Fils d’un modeste et brave laboureur de Lagorce, il a reçu une instruction non pas complète, non pas solide, mais supérieure à celle que reçoivent d’ordinaire les enfants de sa condition.
Le salutaire mais pénible travail des champs ne lui a jamais convenu. Il a demandé aux industries les plus suspectes les moyens de vivre et de satisfaire ses goûts de paresse et de vagabondage.
Marié depuis dix-neuf ans à une femme d’un caractère froid, mais honnête et laborieuse, SILHOL a fait du mariage un martyre pour cette femme, et pour lui un lien excessivement élastique.
Jaloux à l’excès, jaloux sans motif, il ne pouvait pas souffrir que sa femme parlât à un homme, jeune ou vieux, parent ou étranger, même à une autre femme, disent tous les témoins habitants de son village. Et ce mari si chatouilleux, cet époux qu’effarouchait une ombre, quittait souvent sa maison pour aller courir le monde.
SILHOL prétendait posséder l’art de découvrir les sources, et, exploitant la crédulité publique, il faisait des dupes nombreux dans l’Ardèche, dans la Drôme, dans l’Isère, un peu partout. Il prétendait aussi avait trouvé ce que la science cherche en vain depuis si longtemps : un remède efficace à la maladie des vers à soie. Il allait prônant ses recettes ; il restait absent pendant des années, et quand il rentrait à Lagorce, ce n’était que pour y porter ses colères et ses soupçons, sa paresse et sa jalousie.
Une fois, se croyant trahi, il avait déchargé sur sa femme un pistolet, qui par bonheur ne l’atteignit pas, le coup ayant été détourné par SILHOL père.
SILHOL père ! ... ce vieillard lui-même, cet irréprochable laboureur de soixante-onze ans, inspira à son fils des sentiments de jalousie. La commune de Lagorce rend tout entière témoignage des vertus du père SILHOL.
Mauvais époux, mauvais fils, l’accusé ne s’est pas montré meilleur père. Un jour qu’il partait pour une de ses excursions vagabondes, il disait à quelqu’un qu’il avait rencontré à Gras : « J’ai eu dix fois la pensée de retourner sur mes pas pour mettre le feu à la maison, afin de les faire tous rôtir du même coup, père, femme et enfant ». Et le confident de ce propos horrible en frémit sans s’en étonner : il connaissait SILHOL.
Enfin, le 12 septembre, SILHOL couronnait par un attentat doublement abominable la longue série de ses actes de jaloux forcené.
Voici comment s’exprime à ce sujet l’acte d’accusation :
Le hameau de Ferrières, situé dans la commune de Lagorce, a été récemment le théâtre d’un crime horrible.
Dans la matinée du 12 septembre dernier, vers onze heures du matin, la détonation d’une arme à feu retentissait dans l’intérieur de l’une des habitations de ce hameau. On en connut bientôt la cause, on apprit aussitôt que l’un des habitants de Ferrières venait d’attenter aux jours de sa femme et à ceux de son père en leur tirant à bout portant un coup de fusil qui les avait atteints tous deux. Ce double forfait avait été commis dans les circonstances suivantes :
L’accusé Joseph Louis SILHOL, habite avec sa femme, Cécile RAYMOND, une partie du mas de Ferrières : son père Louis SILHOL, âgé de soixante-onze ans, occupe dans le même hameau un domicile particulier, mais contigu à celui de son fils.
En revenant du travail des champs, Cécile RAYMOND, femme de l’accusé, se rendit chez Apollonie ALZASE, sa voisine, pour lui demander quelques allumettes ; l’accusé qui, obéissant à ses habitudes de paresse et d’indolence, était encore étendu sur son lit, adressa de violents reproches à sa femme lorsque celle-ci rentra dans son domicile, en l’accusant d’avoir trop prolongé son séjour au dehors.
Sur la réponse que lui fit sa femme, l’accusé s’emporta aussitôt en injures et en invectives. A ce moment, SILHOL père, dont l’intervention avait été souvent nécessaire dans le ménage, pour calmer les emportements de son fils, attiré du reste par le bruit qui se produisait dans l’intérieur de la maison, se présente pour essayer de mettre fin à cette scène de violence, et adressa à l’accusé quelques justes remontrances. Au lieu de se rendre à ces raisons, l’accusé se leva et saisit un fusil chargé qui se trouvait déposé dans l’un des angles de la chambre. Sa femme, prévoyant les extrémités auxquelles il allait se porter, se précipita aussitôt vers son beau-père en l’engageant à sortir, et, le saisissant par le bras, elle l’entraîna vers la porte. Sans leur laisser le temps de la franchir, l’accusé ajusta son arme, fit feu à la faible distance de trois mètres, et du même coup atteignit sa femme et son père, qu’il avait visés à la hauteur de la tête. Cécile RAYMOND, qui se trouvait la plus rapprochée de l’accusé fut atteinte à l’épaule, à l’oreille et à la joue droites ; la joue, notamment, avait été, pour ainsi dire, criblée de plombs.
SILHOL père avait été plus grièvement blessé ; un grand nombre de plombs avait pénétré dans la poitrine, dans la partie antérieure et supérieure gauche de cet organe, au-dessus et au-dessous de la clavicule.
Passant par-dessus l’épaule de la victime, une partie de la charge était allée se loger dans la muraille à une hauteur qui variait de 1,40m à 1,50m cent. du sol.
Après avoir commis ce crime exécrable, qui heureusement n’a pas eu les suites que son auteur en attendait, l’accusé sauta par une fenêtre pendant que ses victimes se rendaient chez un voisin pour recevoir les soins que leur situation exigeait, et il se dirigea sur Vallon, où il déclara devant l’autorité légale qu’il venait se constituer prisonnier, et qu’il avait tiré vengeance de son père et de sa femme.
M. le procureur impérial, dans un réquisitoire plein d’élévation et d’une invincible logique, soutient l’accusation, tout en abandonnant, dans sa loyauté, la circonstance de préméditation qui ne lui parait pas suffisamment établie.
M. LAULAGNET présente toutes les considérations qui peuvent lui mériter un peu d’indulgence : « SILHOL, dit-il, n’avait aucune raison d’être jaloux ; mais il l’était, il l’était malgré lui, il l’était à l’excès, et son imagination malade lui faisait voir ce qui n’existait pas. »
M. le président, avec une impartialité et une éloquence très remarquables, a résumé les débats.
Le jury a répondu négativement sur la question de parricide ; il a rendu sur la question de meurtre, un verdict affirmatif, mais mitigé par l’admission de circonstances atténuantes.
En conséquence, la cour a condamné SILHOL à vingt années de travaux forcés. Il a immédiatement déclaré vouloir se pourvoir en cassation. (Écho de l’Ardèche.)

L’enquête généalogique :
Joseph Louis SILHOL, cultivateur, domicilié et né à Ferrières, commune de Lagorce (Ardèche), le 12 août 1820, fils de Louis, cultivateur, et de Marie MONTEIL, s’est marié à Brahic, commune de Les Vans (Ardèche), le 14 octobre 1846, avec Marie Cécile RAYMOND, domiciliée à Brahic, née à Naves, commune de Les Vans, le 19 décembre 1824, fille de Félix, cultivateur, décédé le 17 mars 1830, et de Magdeleine PORTAL.
Joseph Louis SILHOL, âgé de 46 ans, né à Lagorce, fils de Louis, et de défunte Marie MONTEIL, époux de Cécile RAYMOND, est décédé à l’hôpital maritime de Toulon (Var), le 1er avril 1866.
Louis SILHOL, cultivateur, âgé de 24 ans, domicilié et né à Lagorce, fils de Louis, cultivateur, et de défunte Catherine GIMOND, s’est marié à Lagorce, le 15 novembre 1819, avec Anne Marie MONTEIL, âgée de 24 ans, domiciliée et née à Lagorce, fille de Joseph, cultivateur, et de Jeanne LUNEL.

Support : BNF Gallica, AD de l’Ardèche, AD du Var, Geneanet
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