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Le Journal des Débats du 27 septembre
On écrit d’Oran à la Gazette des Tribunaux :
Un crime affreux a été commis aux environs d’Oran dans la nuit du 13 au 14 septembre.
Les époux GARIVIER possèdent à Saint-Remy une petite propriété rurale ; leur maison d’habitation est à une distance de 300 ou 400 mètres des autres fermes qui composent ce hameau. GARIVIER, qui est établi en Algérie depuis longtemps, a contracté l’habitude de passer en toute saison la nuit sur son aire.
Le 13, vers huit heures du soir, il y était rendu avec son fils Tonico, âgé de neuf ans, laissant dans sa maison sa femme et une petite fille de trois ans.
Le jeune Tonico n’était pas encore endormi lorsqu’il aperçut une ombre près du puits situé dans la cour. Il alla demander à sa mère si c’était elle qui venait de puiser de l’eau. Sur la réponse négative de cette dernière, il réveilla son père, qui conçut quelque inquiétude, et alla chercher son fusil. Malheureusement, malgré cet avertissement, GARIVIER s’endormit sur son aire ainsi que son fils.
Deux heures après, la femme GARIVIER fut réveillée par un léger bruit ; il lui sembla qu’on cherchait à ouvrir extérieurement la porte et la fenêtre de sa chambre. Elle se précipita vers la fenêtre en appelant son mari ; à ce moment les contrevents cédèrent, les carreaux volèrent en éclat, et deux fusils furent dirigés vers l’intérieur de la chambre : la malheureuse femme reconnut en l’un d’eux celui que son mari avait emporté sur l’aire.
Deux arabes pénétrèrent dans l’habitation, tandis qu’un troisième faisait le guet près de la fenêtre. Ils assommèrent à coups de matraque et de crosse de fusil la femme GARIVIER, qui tomba ensanglantée, et sur le corps de laquelle ils jetèrent un matelas.
La femme GARIVIER n’avait pas perdu le sentiment ; elle resta immobile pour ne pas attirer de nouveau sur elle la rage de ses assassins. Elle entendit ceux-ci échanger quelques mots en arabe, allumer une lampe et procéder au pillage de la maison. Elle ne put voir leurs visages ; le moindre mouvement de sa part aurait causé sa mort.
Lorsque les malfaiteurs eurent disparu, la femme GARIVIER, saisissant dans ses bras sa petite fille, se traîna jusqu’à l’aire ; elle ne prévoyait que trop le spectacle qui l’y attendait. Son mari et son fils étaient étendus, le premier sans vie, le second faisant encore quelques mouvements ; ils avaient l’un et l’autre d’horribles blessures à la tête.
Il fallait aller chercher du secours ; chancelant, la vue obscurcie par le sang qui ruisselait de ses blessures, la femme GARIVIER prit la direction de la ferme la plus voisine. Elle s’égara dans la broussaille, et, après une marche pénible, elle se retrouva à la porte de sa propre maison. Un nouvel effort fut couronné de succès ; les habitants de Saint-Rémy, avertis par elle, s’empressèrent de se rendre à la ferme GARIBIER et de secourir les survivants.
Les autorités furent prévenues ; M. ROBINET de CLÉRY, procureur impérial, et M. GUILBAULT, juge d’instruction, assistés de M. le capitaine de gendarmerie CATEL, commencèrent une instruction. Dès les premiers moments, les soupçons se dirigèrent sur un groupe d’indigènes établis comme bergers chez des propriétaires voisins.
Une perquisition immédiate était indispensable ; le procureur impérial et le capitaine de gendarmerie partirent à cheval pour y procéder, tandis que le juge d’instruction continuait ses constatations. La promptitude de ces mesures amena un résultat décisif : plusieurs des objets volés chez GARIVIER, une matraque encore humide d’un récent lavage, un fusil taché de sang à la crosse, furent saisis en la possession de divers indigènes.
Les premiers renseignements recueillis ont fait connaître que le 13 au soir, le nommé ABD-EL-KADER-BEL AOUFI, qui paraît avoir été le chef des assassins, avait réuni dans sa tente une vingtaine de ses coreligionnaires à l’effet de célébrer une fête religieuse ou ouada en l’honneur du marabout SIDI-ABD-EL-KADER. C’est en sortant de cette réunion, qui se termine par un repas, que trois des convives sont allés porter la mort dans une maison de roumis.
De nombreuses arrestations ont été opérées. Tous les auteurs et les complices de ce crime, qui, commis aux portes d’Oran, a profondément ému les populations, sont actuellement sous la main de la justice.
On espère sauver la vie de la femme GARIVIER, qui est enceinte de huit mois. Quant au jeune Tonico, son état est fort grave ; il n’a pas repris l’usage de la parole.

L’enquête généalogique :
Claude GARIVIER, propriétaire cultivateur, âgé de 53 ans, né à Saint-Rirand (Loire), fils des défunts Simon et Jeanne PACAUD, époux de Maria Antonia Juana MIRA, mariés le 16 avril 1855, à Sidi-Chami (Algérie), est décédé aux Seyaras, commune de Sidi-Chami, le 13 septembre 1865.
Claude GARIVIER, propriétaire cultivateur, domicilié aux Seyaras, né au Fouet, commune de Saint-Rirand, le 2 juillet 1812, fils des défunts Simon et Jeanne PACAUD, s’est marié à Sidi-Chami, le 16 avril 1855, avec Maria Antonia Juana MIRA, domicilié au hameau de Saint-Rémy, commune de Sidi-Chami, née à Hondón de los Frailes (Espagne), le 12 juin 1838, fille de Joseph, cultivateur, et d’Anna Maria GARCIA.
Simon GARRIVIER, journalier, âgé d’environ 27 ans, fils des défunts Antoine et Marie GARRIVIER, s’est marié à Saint-Rirand, le 18 novembre 1810, avec Jeanne PACAUD, domiciliée à Saint-Rirand, âgée d’environ 24 ans, fille de Benoît, et de défunte Claudine BLETTERY.

Support : BNF Gallica, ANOM, AD de la Loire, Geoportail
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