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sicile prieresM. Marc MONNIER, en 1880, relève dans un recueil dédié aux contes populaires en Italie, un grand nombre d'anecdotes, de mythes et de croyances.
Dans son introduction il s'exprime ainsi :
"La Fontaine disait autrefois : "Si Peau-d'Ane m'était conté, j'en aurais un plaisir extrême." M. Max MÜLLER dit aujourd'hui: "Les nouvelles ont pris une des premières places dans les études qui font connaître le passé du genre humain." Ces deux phrases montrent bien la différence entre les poètes du bon siècle et les érudits du nôtre ; les premiers allaient chercher leur plaisir dans les contes de fées, les seconds y vont chercher des documents."
Dans le texte évoqué ci-après nous redécouvrons un aspect de la Sicile qui, bien au-delà des préoccupations quotidiennes dûes aux brigandages, à la difficulté de déplacement, au manque de communication, révèle un ancrage dans un monde de superstition et de religion contre lequel l'Église lutte en vain depuis des siècles.

Le brigand est intéressant dans ce pays étranger ; bien plus, l'échafaud est sacré ; on le regarde comme un autel où se font des sacrifices humains et les victimes deviennent des divinités bienfaisantes. Il existe à Palerme, depuis deux siècles, une église consacrée "aux âmes des décollés". A Paceco, commune de Trapani, l'on voue une sorte de culte à la mémoire d'un payasan, nommé FRUSTERI, qui avait tué sa propre mère ; les gens de la ville et de tout le pays se rendent à pied en pélerinage, en procession même, dans ce petit endroit, en portant des images où l'on voit le saint homme montant sur l'échafaud. Depuis sa mort, ce FRUSTERI a fait quantité de miracles, et une paroi de l'église où il est enterré porte cette inscription : "Francesco FRUSTERI est mort résigné et contrit en subissant le dernier supplice, de manière à inspirer l'admiration publique, le 15 novembre 1817."
Dans l'église de Palerme qu'on appelle aujourd'hui madonna del Fiume, parce qu'elle s'élève au bord d'un fleuve, se trouvent quantité de petits tableaux représentant des Siciliens, et même des Garibaldiens sauvés sur terre et sur mer par les âmes des décollés qu'ils avaient invoqués à temps à l'heure du péril. C'est surtout contre les voleurs de grands chemins que leur secours est efficace. M. PITRÉ (un italien qui relève un grand nombre de trésors parmi les traditions populaires) nous apprend qu'un dévôt ayant sur lui beaucoup d'argent fut assailli un jour par une bande de malandrins ; le voyageur invoqua aussitôt les décollés qui sortirent de leurs tombeaux, mais ils n'avaient point d'armes, tandis que les brigands étaient chargés d'escopettes, de pistolets et de longs couteaux. Que firent alors les âmes protectrices ? Chacune d'elles prit dans la bière son propre squelette, et elles chassèrent ainsi les malfaiteurs à grands coups d'ossements. Le fait est récent et authentique ; vous le trouvez peint sur le mur de l'église, où aucun récit douteux ne saurait être admis.
Ceux qui croient aux décollés (et tous les gens du peuple ou presque tous y croient à Palerme) se rendent pieds nus à l'église en chantant des litanies spéciales et une oraison de circonstance qui doit être prononcée devant l'autel de Saint-Jean-Baptiste : ce précurseur du Messie, ayant été décollé lui-même, est le patron des décollés.
D'autres invoquent ces âmes à domicile, les mères pour leurs familles, les filles pour leurs amants et elles se figurent que les suppliciés leur répondent. Elles écoutent "l'écho des âmes", c'est à dire les bruits du dehors : il y a des bruits qui portent bonheur, et il y en a aussi de néfastes. Le chant d'un coq, l'aboiement d'un chien, un coup de sifflet bien franc, un son de guitare, un tintement de cloche ou de sonnette, une chanson heureuse et surtout une chanson amoureuse, une porte heurtée, un volet fermé rapidement, une voiture  roulant grand train : autant d'excellents augures, mais gare les plaintes, les disputes, l'âne qui brait, le chat qui miaule : en dernier est surtout fatal quand on a des parents en voyage. Le pire des augures est le bruit de l'eau qu'on répand sur le chemin, ou qui s'égoutte comme des larmes. Les dévôtes écoutent encore de leurs fenêtres les conversations des gens qui passent : si ce qu'ils disent est affirmatif et bienveillant, comme : "cela est vrai, tu dis bien, tu me plais, etc." elles ne doutent pas que les âmes des décollés ne leur soient favorables. En revanche, des négations, des objections, des gros mots échangés par les passants plongent les pauvres femmes dans de longues tristesses.
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