Alain Soirat généalogiste    
Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn
sign XDans ce deuxième billet, consacré, selon l’abbé MULLOIS, à la « Manière de se conduire dans les grandes circonstances de la vie ... » extrait du « Livre des habitants des campagnes », par M. Louis HERVÉ, et M. l’abbé MULLOIS, premier chapelain de la maison de l’Empereur, édité en 1863, (à lire dans Gallica, bien entendu !), nous allons pouvoir suivre les conseils et déjouer les pièges du mariage :

Le mariage est une chose bien sérieuse ... Il s'agit de s'engager pour toujours, de prononcer ce oui éternel qui enchaîne quelquefois au bonheur, quelquefois au malheur ; il s'agit de lier sa vie à une personne étrangère jusque-là, inconnue peut-être, de se confier entièrement en elle, de lui donner son argent, son coeur, sa vie ; puis le mariage, c'est la source des générations : que deviendra la société si cette source est viciée ?
Et cependant aujourd'hui on fait cette grande action si légèrement. Il est une chose surtout que l'on examine : l'argent. C'est l'argent qui commence les mariages, et c'est l'argent qui les achève ... A-t-il fait un bon mariage, voilà la première question, et cela signifie : sa femme a-t-elle des écus ? ... On ne demande pas si elle a des qualités, de la vertu, un bon caractère.Oh bien oui ! Tout cela est secondaire : un mariage, c'est souvent un vrai marché dans lequel un père vend sa fille ... Au contrat, on débat l'affaire, on marchande, on s'éloigne, on se rapproche, on menace, on sait où trouver mieux ; on dit qu'on n'y tient pas. On s'entend, on signe, on s'embrasse, chacun souriant à la pensée qu'il vient de conclure une bonne affaire ... Profanation, honte et malheur ! ...
Hélas ! Oui, trop souvent c'est l'argent qui joue le grand rôle ... C'est l'argent qui commence et qui achève les mariages. Vous avez beau faire des représentations, signaler des défauts de caractère, des différences d'âge, on vous répond : c'est un bon mariage, c'est convenable : dix mille francs d'un côté, dix mille francs de l'autre, mais c'est très-convenable ; on associe une dot à une dot, et puis l'affaire est faite; on procède à l'union, quitte à être réduit à remettre la paix quelques mois après dans le nouveau ménage.
Pour quelques malheureuses pièces d'or on brisera une union projetée.
Le Normand a de bonnes qualités, mais je ne ferai pas une médisance en disant qu'il aime bien l'argent, et sous ce rapport beaucoup sont Normands.
Donc un brave paysan normand avait une fille et un superbe cochon. Un de ses jeunes voisins vint demander sa fille en mariage et il fut agréé avec joie. Les choses allaient bien jusque-là ; mais lorsqu'il fut question du contrat, le futur gendre frappant sur l'épaule de son beau-père, lui dit naïvement :
- Là, beau-père, je prends votre fille, mais à une petite condition, qui ne sera pas un obstacle, j'espère ; c'est qu'avec la fille il me faut votre cochon.
- Mon cochon ! S'écrie le beau-père, mon cochon ! Moi vous le donner, jamais. Le plus beau cochon du pays, une bête qui vaut cinquante écus comme un sou ...
- A votre volonté, répond le jeune homme. Vous êtes libre, mais je ne veux pas de la fille sans le cochon ... Je ne marchanderai pas longtemps ...
Il fallut donc se séparer sans rien conclure.
Cependant le public riait. La pauvre fille se désolait, on se rapprocha ... On disputa longtemps. La jeune personne pria et pleura de manière à attendrir une borne de granit. Le jeune homme resta impassible. A la fin, il fallut bien que le père abandonnât le cochon ... ou on lui laissait sa fille ; et voilà que la pauvre bête fut la cause bien innocente de ce mariage.
Quelquefois ce n'est pas l'argent qui dirige, mais c'est un sentiment qui ne vaut guère mieux, et le choix n'est pas fait avec plus de prudence. Deux jeunes gens se rencontrent au bal, dans les rapports de la vie ; ils se fréquentent une année, deux années, trois années, etc. L'un et l'autre, en commençant ces relations, savent bien qu'ils ne sont pas en mesure de se marier prochainement. Les parents laissent faire, pas de surveillance de leur part. Cependant le monde jase, et un jour arrive où le mariage est forcé ; on s'en va à l'église en baissant les yeux de honte, pendant que les langues vont leur train ... Quelles dispositions pour recevoir un sacrement ! Car le mariage est bien un sacrement qu'il faut recevoir en état de grâce, auquel on devrait se préparer comme à la première communion ; c'est bien le moindre souci. La jeune fille s'occupe de son trousseau et de sa toilette, le jeune homme de ses affaires; après cela ...
Après cela on est malheureux, on se plaint, on s'accuse ; les enfants sont mal élevés, on souffre ; à qui la faute ?
On se trouve dans le cas d'un brave homme qui, il n'y a pas longtemps, allait trouver le maire du 10° arrondissement, à Paris.
- Monsieur le maire, lui dit-il, je viens pour que vous ayez la bonté de me démarier.
- Vous démarier ! Mais je ne le puis ...
- Comment, vous ne le pouvez ; mais c'est vous qui m'avez marié. Ainsi vous pouvez bien défaire ce que vous avez fait.
- La loi s'y oppose.
- La loi ? La loi, je la connais aussi bien que vous ; tenez, j'ai là dans ma poche un livre, vous allez voir ... Et il tire de sa poche un vieux Code dans lequel se trouvait une malencontreuse faute d'orthographe, un s ayant été remplacée par un t ... puis il lit : « Le mariage n'est pas valide s'il n'y a contentement. »
- Eh bien, monsieur le maire, je ne suis pas du tout content. Au contraire, je suis bien malheureux, je souffre beaucoup ...
Que d'autres seraient de son avis ! Mais ils l'ont voulu, ils se sont jetés dans l'abîme ; la première question n'était pas l'argent, c'était le coeur, c'était la vertu, c'était l'amour du travail, c'était tout ce qui fait la bonne mère ou le bon père de famille, c'était l'honneur surtout ; ensuite devait venir l'argent ...
Le jour de la cérémonie, on va à la mairie, on s'engage par de solennelles promesses. Sans avoir l'air de comprendre, on arrive à l'église, on la remplit de tapage, on va, on vient, on cause, on rit, il semble que ce n'est plus le bon Dieu du dimanche et des autres jours ; la jeune fille, rendons-lui ce témoignage, se tient assez bien, l'homme a l'air de revenir de Pontoise ; c'est à peine, quand le prêtre dit : Donnez-vous la main droite, si on peut venir à bout de la trouver ; ce n'est pas tout ; la cérémonie terminée, il va trouver M. le curé, et il lui adresse cette question :
- Combien vous est-il dû ?
- Voyez le tarif : c'est sept francs cinquante.
- Sept francs cinquante ? C'est bien cher pour se marier ; est-ce que ça ne pourrait pas passer pour cinq francs ; il y a M. le curé de tel endroit qui marie les gens pour cinq francs.
Il lui semble qu'il est encore à la foire où il marchande un mouton ; notez que l'homme qui dispute cinquante malheureux sous au pauvre curé, dépensera peut-être vingt francs de trop pour sa noce. N'agissez donc pas ainsi, cela vous rend haïssable ; si vous êtes pauvre, dites-le, on vous mariera pour rien ; mais conduisez-vous en homme bien élevé ; le jour de ses noces on a toujours de l'argent ou on doit toujours paraître en avoir.
Dans le reste de la journée, que la maison du repas n'ait pas l'air d'être une succursale de Bicêtre par les propos orduriers ou les demi-mots aussi bêtes que coupables qu'on y entend. Enfin que tout se passe comme cela doit se passer chez un honnête homme, alors même qu'il n'est pas chrétien.
logo geneanaute
Portail généalogique
info passion logo-240px
info soirat-240px
info pasarea-240px
Aller au haut