Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn
sorciers arbresGaston Vuillier, cité dans le premier billet consacré aux sorciers et magiciens de la Corrèze, évoque la nature avec les habitants de Gimel. Le mage Chazal lui racontera, avec toute la force qui fait de ses récits des évènements réels, la triste fin d'un arbre se démenant vainement ...

Un poète latin entendit gémir les bois sacrés. « A la mort de César, dit-il, leur silence fut troublé par des voix lamentables. » Les historiens prétendent que les chênes de Dodone rendaient des oracles en parlant.
Nos traditions populaires, qui ont conservé au poirier sauvage, à l'églantier, à la verveine, à la fougère et à d'autres végétaux des pouvoirs occultes, seraient-elles un héritage de l'antiquité ?
En cette veillée d'automne je parlai à mes voisins, réunis autour de moi, de l'arbre, de ses instincts, de ses destinées et l'un des hommes disait :

« Moi, j'ai pu mieux que beaucoup d'autres faire des remarques. Longtemps je vécus, vous le savez, avec les plantes, puisque je fus jardinier; durant plus de trente ans, j'aidai le père François, celui qui exploitait les terres du château en ruine des Lentillac, là-haut, au-dessus de nos têtes. Le pauvre vieux est mort, c'était un brave homme. Eh bien, nous avions observé tous deux que le voisinage du laurier fait mourir la vigne. Combien de fois nous avons tenté de les faire vivre côte à côte sans y jamais réussir! A la fin, pris de colère, le vieux arracha les lauriers qui faisaient tout ce mal et les vignes se prirent à renaître dans ce même endroit. Nous avions remarqué aussi que la vigne, de son côté, a la haine de la ciguë. Elle la détruit sans pitié et le mal ici ne me paraît pas grand. La rue fait également mourir la ciguë. Les hommes ne sont point les seuls à se faire la guerre entre eux.
« Mais il est des plantes qui se veulent du bien, qui éprouvent une véritable sympathie l'une pour l'autre. La vigne, par exemple, aime le voisinage de l'orme, elle y grandit à merveille, et le figuier profite, rapproché du platane. »
Et tandis qu'il parlait, je me disais que les curieuses observations de ce paysan avaient déjà été faites par les poètes anciens ; Virgile n'a-t-il pas recommandé, dans les Géorgiques, la saison à laquelle il faut «marier la vigne à l'ormeau » ?
Ovide n'a-t-il pas écrit : Ulmus amat vitem, vilis non deserit ulmum ?
Des auteurs de l'antiquité nous apprennent aussi que l'ombre de l'yeuse était sacrée à leurs yeux, et d'autre part, je me suis laissé dire que les solanées se développent mieux sous l'ombrage des ifs que partout ailleurs.
L'imagination des Arabes prête de poétiques aspirations à l'âme des fleurs. D'après eux, celles qui remontent à l'arrière-saison « sont en rêve ».
Des horticulteurs de notre temps prétendent qu'une véritable inimitié sépare le réséda de la rose. Deux roses et deux brins de réséda en fleur, disent-ils, cueillis à la même heure et placés dans un même vase, ne tardent pas, l'un et l'autre, à se flétrir, tandis qu'en les séparant et les plaçant dans des vases différents on conservera leur fraîcheur. Les oeillets et les héliotropes se plaisent ensemble, leur rapprochement prolonge leur vie et leur éclat. Le muguet, d'après ces horticulteurs, serait féroce, il ferait la guerre à toutes les autres

fleurs. Ces expériences sont faciles à tenter.
Un de nos voisins, revenant à l'arbre, s'écria: « Qui nous dit qu'il ne s'entretient pas avec les esprits de l'air! Avez-vous écouté, le soir, vous autres ? Moi, au temps de mes nuits passées à l'affût, j'ai entendu des voix dans les feuilles. J'ai remarqué que la rumeur venue du chêne n'est pas la même que celle du bouleau. Le pin siffle, le chêne gronde, le bouleau se lamente, on dirait qu'il pleure à l'automne.
- Mais vous savez bien, dit un autre, que l'arbre comprend le langage de l'homme. Dans l'après-midi du mardi gras, chaque année, les propriétaires du pays ceinturent les arbres fruitiers dans le voisinage de leurs maisons, c'est-à-dire qu'ils entourent le tronc d'un lien de paille pour distinguer ceux qui s'entêtent à ne pas produire. Les arbres comprennent qu'ils sont marqués ainsi pour être coupés, et il est bien rare qu'ils ne donnent pas de fruits l'été suivant. Mais je ne suis pas de l'avis de ceux qui trempent dans du bouillon des brins de paille et les enroulent ensuite autour du tronc des arbres malades. L'arbre ne se nourrit pas de la sorte, que diable ! »
Je rapprochais alors, dans ma pensée, cette coutume bizarre des Limousins d'un usage sicilien qui offre avec elle la plus grande analogie. Là-bas aussi l'arbre du verger a une volonté et comprend. S'il s'obstine à ne pas produire, voici comment on le traite au village d'Ucria. Le samedi saint, le paysan, armé d'une hache et suivi d'un ami, fait semblant de vouloir l'abattre. Au moment d'abaisser la cognée, l'ami intercède pour l'arbre, prie le propriétaire de patienter une année encore, promettant alors de ne plus s'interposer. Et lui cède à ses instances. Il est rare, disent les Siciliens, qu'un arbre fruitier demeure sourd à cette menace et ne produise pas.
«Moi, dit Chazal, j'en reviens encore à l'arbre et je vous dirai la plus extraordinaire chose qui se puisse concevoir. D'autres que moi en furent témoins, pour ne citer que l'ancien maire, homme grave et réfléchi. Donc je sortais un soir de la veillée, il était passé minuit. J'étais allé au village du Mars. Et comme je suivais le chemin pour rentrer, arrivé à deux portées de fusil du cimetière, j'aperçus près du talus un arbre qui frappait le sol de ses branches et se relevait ensuite. Je pensais que quelqu'un, caché dans l'herbe, les deux mains au ras du sol, l'inclinait et le secouait pour effrayer les passants. Cependant, en réfléchissant, cela me parut impossible, car l'arbre était de la grosseur de mon bras et sa base devait être résistante, et d'ailleurs la lune donnait souvent à travers les nuages. Je restai coi un instant ; j'observai ... comme le mouvement continuait, que le pauvre arbre se jetait avec fureur sur la terre comme pour se détruire lui-même, que ça faisait pitié, je m'approchai. L'endroit était désert. Saisissant le tronc de mes deux mains je voulus le retenir, mais je n'y parvins pas, une force terrible le gouvernait et m'entraînait aussi. Je m'en allai et longtemps encore, suivant la route, je l'entendis frapper et comme sourdement gémir dans la nuit.
"Au jour, l'arbre était tout meurtri dans ses branches et comme déchiqueté, il avait perdu beaucoup de feuilles. Deux soirs de suite je pus le voir se démener ainsi, d'autres que moi l'aperçurent en passant : les uns prirent peur et s'enfuirent, d'autres firent des efforts inutiles pour l'empêcher de se mouvoir. Il resta tranquille à la fin, un peu tordu, puis il dépérit et sécha."
Et tout ceci était raconté très sérieusement et écouté, bien entendu, avec gravité.
Gallica GALLICA
Geneanet
GÉNÉANET
Google
GOOGLE
info passion logo-240px
info soirat-240px
info pasarea-240px
Aller au haut