Alain Soirat généalogiste    
illus 040"Ah ben oui ma brav'dame, si vous aviez connu not' époque, c'était tout de même aut' chose !"

Quel généalogiste, au début, en cours ou à la fin d'une discussion sur la famille, l'Histoire, la société et les vicissitudes personnelles, n'a jamais entendu ce genre de réflexion : "C'était mieux avant !". L'historien qui sommeille en tout généalogiste va réagir plus subtilement, à la vitesse de l'éclair, les autres se contenteront d'un "C'est ben vrai ..." ou d'un "Pour sûr !", laconiques. Réagissons donc avec toute la nuance qui sied à notre discipline en replaçant dans le contexte le "C'était mieux avant".

Personnellement, je préfère : "C'était différent avant" ; ce qui ne m'engage guère et s'avère véridique la plupart du temps. A lire tous ces actes, ces articles de journaux, ces écrits historiques, ces constatations de notaires, les cadastres et autres compoix, quelques terriers et ces trop rares livres de raison, je ne pense pas souhaiter aller vivre dans le passé, quel qu'il soit. Y aller vivre quelques jours, en vacances, certes oui, mais pas trop longtemps !
Il va sans dire que si notre situation financière, sociale, familiale vient de se dégrader depuis quelques temps, nous ne pouvons que regretter un temps passé ; mais dans la généralité, le temps d'avant, c'est un temps différent, un autre temps, passé, sur lequel nous devons nous reposer pour nos actions présentes. Nos familles, nos recherches nous en ont convaincus, se sont bien souvent déchirées ; savoir ce qu'il s'est passé nous permettra, peut-être, de ne pas refaire la même chose.

illus 039Nous vivons un monde de communication formidable !
Et les généalogistes de s'esbaudir devant la prochaine mise en ligne des archives du Jura. Chouette ! A condition toutefois que la commune recherchée fassent partie des heureuses élues !
Et nos toujours gentils généalogistes de tirer à boulets rouges sur le Gard, mauvais élève. Pourtant, comparé à d'autres départements qui osent dire que leurs archives sont en ligne, le Gard offre un bel ensemble sur le web. Certes les Archives Départementales ne proposent que les registres matricules pour quelques années, bien indexés, mais le site Brozer est une véritable mine d'actes pour le chercheur ayant des ancêtres dans le Gard.
Chauvin certes, mais réaliste aussi, je ne mets pas le Gard dans les dernières positions pour la disponibilité de documents. Si notre voisin l'Hérault fait preuve d'une magnifique mise en ligne de nombreux et variés documents, que notre Lozère amie s'est dotée de beaux outils ainsi que les nombreux départements voisins, on aura bien du mal à trouver quelque chose dans certains coins et époques de la Gironde, du Finistère, des Hautes-Pyrénées, du Gers, de la Seine-Saint-Denis, du Jura, de la Moselle, de la Haute-Savoie, du Doubs ou de la Réunion. Certains de ces départements ne se préoccupant absolument pas de la majorité de leur clientèle, les généalogistes, et mettant en ligne des documents, d'un intérêt certain pour l'archiviste et d'une plus que relative attention desdits généalogistes. Il est plus facile de faire des recherches en ligne dans le Gard que dans la plupart de ces départements.

illus 038Aujourd'hui le Réboussié (*) de naissance que je suis est plutôt content en voyant la tournure de beaucoup de généalogies et les prises de consciences de nombreux généalogistes.
Est ce l'effet centenaire 14-18 ? Et donc la prise en compte d'événements autres que la naissance, le mariage et le décès de nos parents, voire les quelques archives qui mettent en lignes autre chose que l'état-civil et les registres paroissiaux. Toujours est-il que je rencontre de plus en plus de généalogies voisinant la biographie et les références à des actions et des participations diverses de nos ancêtres dans leur vie quotidienne. Détrôneront-elles le sempiternel et unique arbre généalogique, souvent moche et blasonné façon cucu-la-praline, histoire de se prendre pour un Bourbon dans sa galerie (oui mais sans glace ! On n'est pas à Versailles !) ?
Je le pense réellement, je pressens comme un léger frémissement (c'est dire que c'est naissant). Les blogs généalogiques, qui sont un bon moyen pour le quidam de publier sur un site des récits, des anecdotes, des histoires, sans avoir connaissance d'un quelconque langage HTchose ou Javamachin, en sont bien une preuve : ils regorgent de cette histoire, petite et locale, qui fait toute la saveur d'une généalogie correctement exprimée.

illus 037Diantre ! Encore une date de naissance fausse, et une autre de mariage complètement absurde ; mais que fait le généalogiste ?
Dirons-nous qu'il fait ce qu'il peut ? Que non, je ne m'y aventure pas et estime que tout bon généalogiste fait ce qu'il a à faire. Mais l'erreur est bien humaine n'est-ce pas ? Certes, considérons toutefois quelques cas, et ne jetons pas notre colère sur le premier venu.
Au registre des fautes lourdes, nous allons trouver l'officier d'état-civil ou le prêtre qui, selon les lieux, les périodes et les personnes, résoud à sa manière les difficultés rencontrées par la lecture d'un acte ou d'une communication écrite, en transcrivant à sa manière la date. On ne s'étonnera alors pas que le futur généalogiste fasse de même et, rigoureusement, recopie l'erreur, faisant confiance à notre homme.
Ainsi, lorsque, dans un acte de mariage, nous trouvons "Josette BRUN, née le 14 avril 1816 à Saint-Julien-les-Cougourdes ...", nous retranscrirons sereinement le 14 avril 1816 comme jour de naissance de Josette BRUN. Il faudrait évidemment aller vérifier ... Et si l'on s'aperçoit qu'il n'y a pas de naissance à Saint-Julien-les-Cougourdes ce jour-là, nous ferons alors ce que tout bon généalogiste se doit de faire : une recherche ! Dans les dates, les lieux plus ou moins proches.

illus 03628 janvier 2077, le modaphone de Nicolas Charmillon, transmet sur le mur de la pièce commune la demande de recherche d'un ancêtre, disparu de son domicile dans la première moitié du XIXe siècle. Nicolas accuse réception du message et transmet en même temps son devis au demandeur. L'autodat a prestement évalué le montant en réalisant quelques rapides interrogations de la base AnGenWorld, la seule et unique dont la rigueur fait foi dans le monde des généalogistes depuis une vingtaine d'années.
Nicolas se souvient parfaitement de cette mini révolution dans le monde de la généalogie : trente ans déjà ! Cela faisait trop longtemps que la pratique dérivait, se noyait dans d'improbables généalogies, proposait des millions de personnes, toujours les mêmes, confondait les dates, mélangeait les noms, les surnoms, les prénoms et offrait aux curieux des généalogies toutes faites et d'une véracité à faire frémir d'effroi le plus courageux des fouilleurs d'archives.

illus 035Le nez plongé dans l'acte, l'esprit vif et alerte, prompt à détecter les difficultés de la lecture, notre ami l'actif releveur d'actes concentre toute son attention à décrypter la fine écriture de l'officier d'état-civil qui s'évertuait alors à tenter d'écrire correctement les noms propres qu'on lui énonçait. Et parfois, ce laborieux stakhanoviste des temps modernes de la généalogie doit se résoudre à utiliser le point d'interrogation parce que le nom d'une personne ou d'un lieu ne sont pas déchiffrables.
Cela donne "St Etienne sur V…?" sur le relevé  dans un site dédié à cela et pour un acte que je suis en train de lire. Il est vrai qu'on lit bien Ste (oui avec le e !) Etienne, et que le reste est difficilement déchiffrable (quoique ...). Mais la suite de la lecture nous informe que le dit lieu se trouve dans le Puy-de-Dôme, comme le lieu de naissance de l'impétrant, Chaméane. Il est vrai que si nous enlevons l'ordinateur et Internet, la recherche pour retrouver le lieu s'avèrera difficile et longue, mais nous sommes nombreux dorénavant à nous servir de ces beaux outils.

illus 034J'avoue bien humblement admirer tous ces mathématiciens, calculateurs, statisticiens qui jonglent avec les nombres, les formules, les équations et autres abaques depuis la nuit des temps à nos jours. Admiration parce que mes réticences, et donc mes incompétences, dans ces domaines sont aussi nombreuses que ces fameuses puces sur la tête de ces non moins fameux chiens !
Et pourtant ... généalogistes, que ne vous êtes vous pas trouvés en présence de calculs, statistiques, équations à résoudre ! Rassurons-nous toutefois, cela n'est pas d'un niveau aussi élevé que celui des passionnés cités plus haut ; je ne serai pas généalogiste, cela va de soi. Quant aux débutants, ne fuyez pas, le baccalauréat S n'est pas nécessaire.

Mais, vous devrez toutefois, par exemple, très souvent soustraire :
Problème : Lors du mariage de Charles DUPONT, en 1837, son père avait 52 ans. En quelle année son père est-il né ? Vous avez dix secondes ...

illus 033Il y a le puriste, l'amateur, le spécialiste, le curieux ... Faire en sorte qu'un lien, une compréhension, au minimum un espace de discussion existent n'est pas chose facile quand une des parties se cantonne dans des poncifs dont il n'a même pas conscience.
Le généalogiste n'échappe pas à la règle, et dans chacun de ces domaines l'individu se distingue par une part plus ou moins importante de communication, d'information ; part qui est d'ailleurs variable selon l'individu et le domaine, ce dernier influençant tout de même fortement cette volonté de partage.
Mais lorsqu'un puriste refuse de communiquer avec un amateur parce qu'il considère que ses paroles ne seront pas assimilées, nous sommes en mesure de le comprendre, ainsi que l'amateur ne cherchant pas à communiquer avec le puriste qu'il considère trop "pointu". L'idéal, bien sûr, comme nous l'avons évoqué dès le début de ce propos, est de trouver un terrain d'entente ; on pourra alors parler de communication, d'information, de formation, d'enseignement. Mais comment être sûr des échanges ? Comment pouvoir dire que le message transmis est correct ?
La reconnaissance par ses pairs est ce niveau à obtenir, que ce soit par l'intermédiaire de diplômes, d'attestations, de qualifications. Et lorsque les amateurs font la même chose, entr'eux, on en arrive à obtenir des gabegies à faire frémir les spécialistes qui en prennent connaissance.

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