Alain Soirat généalogiste    
Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn
Le Petit Journal du 15 novembre
Tribunaux
Cour d’assises du Var (Draguignan).
Présidence de M. POULLE.
Meurtre d’une belle-mère.
Honoré ARTAUD, âgé de quarante ans, cultivateur, né à Trigance, demeurant à Seillans, arrondissement de Draguignan, est accusé d’avoir assassiné sa belle-mère.
ARTAUD a une taille au-dessus de la moyenne ; il porte le costume des paysans du pays, un pantalon et une veste de bure ; les traits de son visage, qu’il cache ordinairement sous un mouchoir, révèlent un homme grossier et brutal.
L’acte d’accusation expose ainsi les faits :
Henriette ARTAUD, épouse RÉBUFFEL, âgée de quatre-vingt-un ans, habitait une maison de campagne sur le territoire de Seillans. Son mari, Pierre RÉBUFFEL, ses deux filles, Marguerite, veuve CAUVIÈRE, et Françoise, épouse ARTAUD, son gendre, Honoré ARTAUD et ses enfants demeuraient avec elle. L’accusé, d’un caractère violent et cupide, vivait mal avec sa belle-mère. Il avait fait plusieurs fois fait entendre contre elle des paroles de haine et de menace. Il entretenait des relations avec sa belle-sœur, veuve CAUVIÈRE, et usant de l’influence qu’il avait sur elle, il en avait obtenu une institution d’héritier. Mais il savait que la loi réservait une part de la succession aux parents de la testatrice, et depuis cette époque sa haine pour sa belle-sœur semblait avoir redoublée.
- Le notaire, avait-il répété plusieurs fois, m’a dit qu’il faut se débarrasser de cette vieille.
Le 25 juillet dernier, vers quatre heures du matin, toute la famille se rendit aux champs. La femme RÉBUFFEL resta seule, couchée dans son lit. La porte fut fermée et la clé placée dans un endroit convenu dans l’écurie.
Vers neuf heures du soir, quand on revint déjeuner, la femme RÉBUFFEL était morte, son cadavre était déjà froid et son décès paraissait remonter à plusieurs heures. On remarquait sur le visage deux meurtrissures, l’oreiller portait des taches de sang ; un drap de lit, sans doute souillé de taches semblables, avait disparu, et le corps avait les pieds à la tête du lit. C’étaient là autant d’indices de mort violente. Tout indiquait qu’un crime avait été commis.
La justice fut informée, et l’autopsie du cadavre justifia ses soupçons. La mort de la femme RÉBUFFEL était, d’après l’avis des hommes de l’art, le résultat d’une forte pression exercée sur la poitrine et de l’occlusion des voies respiratoires. Une lutte devait même s’être engagée entre l’assassin et la victime, car le corps de cette dernière portait des traces de violence à la tête et au bras.
L’opinion publique, qui connaissait le caractère d’ARTAUD et ses mauvaises relations avec sa belle-mère, le désignait comme le coupable. Des indices graves confirmaient les soupçons de l’opinion publique.
ARTAUD avait hâté d’une manière suspecte l’inhumation de la femme RÉBUFFEL. Il avait fait devant le maire une déclaration mensongère en disant qu’elle était morte en présence de la famille entière. Il y avait plus, le 25 juillet, jour du crime, il avait quitté son travail vers six heures du matin, sans motif apparent, et ne l’avait repris qu’une heure après. Enfin, après la constatation de la mort de sa belle-mère, il avait enjoint à tous ses parents de déclarer que la clé de la chambre était restée dans la poche de sa belle-sœur, tandis qu’elle avait été posée à sa place habituelle dans l’écurie.
Toutes ces circonstances établissaient surabondamment la culpabilité d’ARTAUD. Aussi ne tarda-t-il pas, après son arrestation, à avouer son crime. Il a raconté qu’il était allé vers six heures du matin à la ferme, et qu’après avoir pris la clé à sa place ordinaire, il avait pénétré dans l’appartement ; là, sans qu’un seul mot eût été échangé entre la femme RÉBUFFEL et lui, il s’était élancé sur elle et avait cherché à l’étouffer avec ses mains. Mais malgré son grand âge, la victime de cette agression avait opposé à l’assassin une résistance sur laquelle il ne comptait pas. Il l’avait frappée alors violemment à la tête, et, la réduisant à l’immobilité, il avait achevé de l’étouffer en lui fermant la bouche et le nez avec les mains, tandis qu’il écrasait la poitrine sous ses genoux.
Ces aveux arrachés par l’évidence du crime, paraissent conformes à la vérité. Mais l’accusé s’en éloigne quand il prétend qu’il n’a pas prémédité cet assassinat. Il s’est souvenu, dit-il, en se trouvant en face de sa belle-mère, des motifs de haine qu’il avait contre elle, et la colère l’a poussé. Cela n’est pas admissible ; il n’y avait eu entre l’assassin et sa victime aucune scène violente. Aucune parole, de l’aveu même de l’accusé, n’a été, au moment du crime, échangée entre eux. Il s’est élancé sur elle dès qu’il fut entré, et sans mot dire.
N’est-ce pas là la conduite d’un homme qui accomplit une résolution prise à l’avance ? Pourquoi d’ailleurs a-t-il quitté son travail alors qu’il savait que sa belle-mère était seule, et est-il revenu à la maison sans motif ? Les paroles prononcées par l’accusé plusieurs mois avant ne prouvent-elles pas aussi qu’il nourrissait depuis longtemps de coupables projets ? Sa belle-mère lui était à charge, il voulait s’en défaire. Tout l’indique, et les moyens employés pour l’accomplissement du crime en sont eux-mêmes la preuve. Il avait choisi ceux qui devaient laisser le moins de traces, et, en effet, le cadavre n’en aurait porté aucune sans la résistance imprévue de la victime.
ARTAUD n’est pas à son coup d’essai dans le crime. Il a été condamné deux fois pour vol, et il a été vivement soupçonné d’une tentative d’assassinat.
M. AULOIS, procureur impérial, a soutenu l’accusation, et il a énergiquement demandé l’application de la peine de mort.
Me TROTOBAS, avocat, a présenté la défense de l’accusé, et a cherché à démontrer qu’il n’est pas indigne de toute commisération et de toute indulgence.
Le jury a rapporté un verdict de culpabilité sans circonstances atténuantes, en vertu duquel la cour a condamné ARTAUD à la peine de mort, et a ordonné que l’exécution ait lieu sur l’une des places publiques de la ville de Draguignan.
Le condamné est entré dans les prisons sans proférer une seule parole et sans verser une larme. (Droit.)

L’enquête généalogique :
Honoré ARTAUD, Ménager, domicilié et né à Trigance (Var), le 18 mai 1825, fils d’Alexis, ménager à Trigance, et de défunte Thérèse HERMELIN, s’est marié à Comps-sur-Artuby (Var), le 21 novembre 1850, avec Françoise Claire RÉBUFFEL, domiciliée à Comps-sur-Artuby, née à Castellane (Alpes-de-Haute-Provence), le 2 mai 1825, fille de Pierre, ménager à Comps-sur-Artuby, et d’Henriette ARTAUD.
Honoré ARTAUD, cultivateur, âgé de 41 ans, fils d’Alexis et de Thérèse HERMELIN, époux de Marie RÉBUFFEL, est décédé à l’hôpital maritime de Toulon (Var), le 15 mai 1866.
Alexis ARTAUD, né à Comps-sur-Artuby, le 11 janvier 1792, fils d’Etienne, ménager, domicilié à Trigance, et d’Elisabeth ROUVIER, s’est marié à Trigance, le 31 mars 1813, avec Marie Thérèse ARMELIN, née à Trigance, le 6 février 1790, fille de Jean, ménager, domicilié à Trigance, et de Marie Anne MICHEL.
Pierre Augustin REBUFEL, cultivateur, domicilié et né à Brovès, commune de Seillans (Var), le 28 août 1778, fils de défunt Antoine, cultivateur, et de Claire PÉLISSIER, s’est marié à Comps-sur-Artuby, le 7 messidor de l’an 13, avec Marie Henriette ARTAUD, domiciliée et née à Comps-sur-Artuby, le 12 avril 1784, fille de défunt Jean, cultivateur, et de Thérèse CHAIX.
Marie Henriette ARTAUD, âgée de 81 ans, née à Comps-sur-Artuby, fille des défunts Jean et Thérèse CHAIX, épouse de Pierre Augustin RÉBUFFEL, ménager, est décédée à Seillans, le 25 juillet 1865. Honoré ARTAUD, ménager, âgé de 40 ans, gendre de la défunte, déclare le décès.
Marie Henriette ARTAUD et Honoré ARTAUD ont comme ancêtres communes Antoine ARTAUD et Anne MARTEL.

Support : BNF Gallica, AD du Var, Geneanet, Geoportail
logo geneanaute
Portail généalogique
info passion logo-240px
info soirat-240px
info pasarea-240px