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chapelierLa corporation des chapeliers est ancienne : elle figure dans le Livre des Métiers ; il y avait alors les chapeliers de feutre, les chapeliers de coton, les chapeliers de paon, les fourreurs de chapeaux, les chapeliers de fleurs et les fesseresses de chapeaux d'or et d'orfrois à quatre pertuis, et leurs statuts y sont longuement énumérés. Les trois premières catégories rentraient seules à peu près dans ce qu'on est convenu d'appeler la chapellerie, les deux autres étaient plutôt du ressort de la mode.

En 1578, la corporation des chapeliers fut définitivement organisée, et elle eut un blason d'or aux chevrons d'azur, accompagné de trois chapels de gueles.
En 1776, la communauté des chapeliers fut réunie au corps des bonnetiers en même temps que celle des pelletiers. La chapellerie de Paris se partageait en quatre classes : les maîtres fabricants, les maîtres teinturiers, les marchands en neuf et les maîtres marchands en vieux, qui ne formaient qu'une seule corporation.
Le compagnonnage des ouvriers chapeliers était l'un des plus anciens : s'il en fallait croire le tableau chronologique rédigé et approuvé, en 1807, par les compagnons de Maître Jacques, il aurait pris naissance en 1410. C'était l'un de ceux qui avaient les rites d'initiation les plus secrets et les plus solennels.
Les ouvriers chapeliers s'engagèrent, vers 1651, à renoncer à leurs rites d'initiation ; toutefois, leur compagnonnage ne cessa pas pour cel.
Les ouvriers chapeliers qui n'appartiennent pas au compagnonnage s'appellent drogains ou drogaisis.
Depuis vingt ans, ce compagnonnage a été peu à peu remplacé par des chambres syndicales et des groupes corporatifs locaux, qu'une vaste société a fédérés, en 1880, pour toute la France.
Les chapeliers de Paris, au nombre de 3000 à peine (ils étaient 6000 en 1886), sont partagés en deux sociétés dites des "Cartes vertes" et des "Cartes rouges".
Parmi les surnoms donnés aux chapeliers figurent ceux de "castor" et de "castorin", qui font allusion à l'espèce de peau qu'ils employaient autrefois.
Il est rare que les ouvriers chapeliers passent en police, leur règlement prévoit que si l'apprenti, pendant le temps de son apprentissage, est convaincu et condamné de crime, vol ou autre délit, son brevet d'apprentissage est cassé et révoqué.
Certains d'entre eux qui rougiraient à la pensée d'un vol, commettent des actes qui sont tout aussi répréhensibles. On les appelle "chatteurs" : ce sont ceux qui s'amusent à ne pas payer le marchand de vin, le logeur en garni ou le gargotier ; cela s'appelle faire "chatte" et n'est pas considéré par les chatteurs comme un acte coupable. Euphémisme des écoliers qui considèrent que chiper n'est pas voler.

La fabrique est la "boîte" ; on dit d'une boîte où l'on ne gagne pas sa vie "c'est la peau". L'apprenti est un "armagnolle", à Paris un arpète, l'ouvrier le plus ancien "un goret", le contremaître "un sergent" ; le maître ou chef d'usine est le "Bausse" dont le nom vient peut-être du flamant Bos (maître). Dans les ateliers on s'amuse à faire des farces aux ouvriers qui ont mauvais caractère. Cela s'appelle "monter la chèvre". La grève est désignée sous le nom de "sautage". "Battre la banque" c'était demander des avances au patron : si celui-ci refusait, on disait qu'il avait "pété".
L'usage de donner un chapeau neuf en échange de plusieurs vieux existait déjà dès le XVIème siècle ; un passage des Équivoques de la voix, de Tabourot, le constate d'une manière assez plaisante : "Comme on disoit qu'à Paris il estoit arrivé un chappelier de Mantouë, qui donnoit pour deux vieux chappeaux un oeuf, plusieurs recherchèrent leur vieux chappeaux pour en aller demander un neuf, estimant qu'on leur donneroit un chappeau neuf".
Parmi les industriels qui font de la publicité, les chapeliers tiennent de nos jours un des premiers rangs, ainsi que l'on peut le constater en regardant les images peintes sur les murs, les voitures-réclames et les prospectus distribués à la main.

Légendes et curiosités des métiers - Paul Sébillot
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