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sorcier fontaineGaston VUILLIER, dans ses nombreuses rencontres avec les sorciers et sorcières, guérisseurs et guérisseuses de la Corrèze profonde, nous fait partager des expériences pour lesquelles le surnaturel donne au récit l'allure d'un roman de science-fantasy.
Les traditions liées aux fontaines et aux sources sacrées en Limousin sont nombreuses et leur intégration dans la vie religieuse toujours constante, même si les autorités ecclésiastiques ont longuement lutté pour qu'elles en disparaissent. On était persuadé du pouvoir de guérison, du pouvoir des saints attachés aux lieux et personne ne comprenait que l'Église cherchât à les en empêcher ...

A Favars, je retrouvais l'automne avec des rayons tièdes encore et des fleurs. Cette journée restera comme un charme dans mon souvenir. Et d'ailleurs la compagnie aimable dans laquelle je me trouvais ajoutait un attrait aux jolies choses du chemin, au gracieux pittoresque de Favars, dont les maisons blanches scintillent au milieu de grands arbres, dans un vallon d'où surgissent les tours crénelées de l'antique manoir de Mme Aubryon.
Favars a sa fontaine sacrée et ses sorcières qu'on va consulter pour connaître la source à laquelle on aura recours pour la guérison des malades, et surtout pour les enfants atteints de la "naudze". Naudze, en patois limousin, me semble désigner l'état de langueur, quelle qu'en soit la cause, le cas d'un enfant, par exemple, qui ne peut plus "ni vivr" ni mourir", comme disent les commères.
Dans le courant de l'été, j'avais été conduit dans un hameau voisin de Gimel pour visiter un petit malade atteint de ce mal mystérieux.
L'enfant, très pâle, était retenu dans son berceau, selon la coutume limousine, par des bandelettes entre-croisées. Alentour, dans le pauvre logis aux murs bitumeux, quelques femmes couvertes de capes sombres s'entretenaient à voix basse. A la lueur du chaleil de fer, la vieille lampe romaine, d'autres s'occupaient à peser quatre chandelles qu'elles rognaient l'une après l'autre pour en rendre le poids exactement égal. Ceci fait, à l'aide de suif fondu, elles adaptèrent les chandelles aux quatre montants du berceau, les baptisèrent chacune du nom d'un saint, puis elles les allumèrent toutes en mème temps, et, devant chacune d'elles, une femme se mit en prière.
On n'entendit plus ensuite que les plaintes de l'enfant tout pâle dans son berceau et les voix murmurantes des femmes. Les cierges lentement se consumaient, la cire épandait ses larmes d'ivoire le long des montants, où elles se figeaient en stalactites, et les matrones, immobiles dans leurs capes sombres, marmottaient toujours. Puis la flamme d'un cierge se prit à vaciller, sa mèche fumeuse se renversa sur le côté, on entendit comme un imperceptible battement d'ailes et la flamme s'éteignit.
Les femmes cessèrent de prier, le saint était désigné, ou plulôt la source qui est placée sous son vocable. C'est là que l'enfant allait être transporté et son petit corps immergé.
Mais auparavant la mère devait, selon la coutume, faire sa tournée dans le village et dans les environs, invoquant l'appui de tous pour faire d'abord dire une messe et pour subvenir ensuite aux dépenses que nécessite le voyage à la fontaine sacrée. En cette circonstance chacun lui remet un sou, l'offrande ne peut être dépassée, et, par une touchante coutume, l'obole est reçue par elle à genoux.
A Favars je fus donc témoin d'un procédé différent pour découvrir la fontaine sacrée dont l'efficacité doit être certaine. Grâce à la bonne intervention de Mlle L ..., femme aussi élevée par son intelligence que par son coeur, je consultai moi-même la sorcière et je la vis opérer. Cette sorcière, Mariette Doronis, habite une chaumière dans un bois voisin de Favars. Elle s'était absentée ce jour-là, mais celte absence ne devait pas se prolonger. En attendant son retour nous errions à l'aventure dans le plus joli des bois de châtaigniers. La feuillée jaunissante avait les transparences et les splendeurs du vitrail, c'était comme un ardent mystère d'or et d'émeraudes en fusion que des bouleaux rayaient de leurs fûts bleuàtres, tandis que les jeunes châtaigniers élevaient des colonnades violettes mouchetées de velours vert. Sur le sol, les fougères avaient tissé leurs fines dentelles en un bleu pâle. Le silence régnait dans le bois mystique, recueillement de l'automne que trouble seul de loin en loin le vol indécis de la feuille morte, un souffle expirant de la brise, un cri d'oiseau qu'on ne peut voir.
Cependant nous revenons vers la chaumière de la Doronis. Elle est rentrée. Mme. L... lui explique le but de ma visite : un enfant malade pour lequel je désire connaitre la fontaine sainte à laquelle je dois le conduire. Elle ravive le feu, dans lequel elle place quelques morceaux de charbon de bois de fusain ou de peuplier cueillis selon certains rites et avant l'aube, la nuit de la Saint-Jean, et remplit d'eau un vase réservé à ce genre de consultation.
Et tandis que les charbons s'allument, elle se met en prière devant le foyer. Elle invoque les saints. Puis, un à un, elle prend avec ses doigts les morceaux incandescents et les projette vivement dans l'eau qui siffle et bouillonne, en leur donnant à chacun, au fur et à mesure, le nom du saint qui préside à une fontaine sacrée. Le vase est placé sur ses genoux, un léger mouvement qu'elle lui imprime agite l'eau. La Doronis murmure toujours des prières, et, tandis que certains de ces charbons tombent au fond du vase, deux d'entre eux restent à la surface. Ceux-là vont indiquer les deux pèlerinages différents auxquels il faudra se rendre pour immerger l'enfant, si c'est une fontaine à immersion, ou le laver si elle est destinée aux ablutions.
Telle est la consultation de la braise.
La vieille mère de la sorcière vit avec elle. Les deux femmes, fort pauvres, trouvent cependant le moyen de faire le bien ; elles adoptent des enfants trouvés et les élèvent.
Elles ont ainsi chez elles une pauvre innocente qui rit tristement à chaque question que nous lui faisons ee cache aussitôt son visage sous son bras avec un mouvement de timidité instinctive et gauche. Elle est douée d'une voix très pure, dit-on, mais, malgré nos instances, nous ne pouvons la décider à chanter. Ell e se fait entendre surtout par les soirs de lune, dans le bois aux lueurs de vitrail, où elle aime à errer. En quel langage chante-t-elle. 0n l'ignore, mais on s'accorde à lui prêter un merveilleux talent.
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