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vauzangesNous continuons à suivre Gaston Vuillier dans son périple en Corrèze à la recherche des magiciens et des sorciers.
Ses pas le conduisent entre le plateau des Millevaches et le Massif des Monédières pour rencontrer un des plus célèbres sorciers de la Corrèze, au hameau de Chadebec, au dessus de Bonnefond :

La réputation de Vauzanges, dit Nouné, s'étend jusque dans les départements voisins. De toules parts on vient le consulter. L'imagination populaire lui prête des pouvoirs occultes extraordinaires . On affirme que, braconnant un matin, il fut surpris par les gendarmes qui se mirent à ses trousses, et, comme il allait être pris, il se retourna. On ne sait par quel prodige les gendarmes aussitôt s'arrêtèrent net, comme pétrifiés. Mais ce n'est pas tout : le sorcier s'assit sur un tertre, leva la main, et les gendarmes se prirent à danser, tournant sur eux-mêmes, entrainés malgré eux en un mouvement de valse folle. Vauzanges, après les avoir considérés un moment, se leva, remonta sur sa cime voilée de nuées, et vers le soir seulement il redescendit pour les délivrer. Éperdus haletants, les gendarmes s'en allèrent. Ils atteignirent Bugeat avec beaucoup de peine. Plus jamais ils ne cherchèrent noise au sorcier.
Ces histoires merveilleuses plaisent aux montagnards de la Corrèze, leur authenticité n'est jamais mise en doute, Ils deviennent plus graves encore en parlant des remarquables cures de Yauzanges. Le baron de Tarnac lui-mème, dont l'intelligence est haute, m'a montré sa main qu'un fusil en éclatant avait broyée et qui fut rapidement remise en étal par le sorcier.
Le curé de Tarnac, que les superstitions ne touchent guère, me parla de sa nièce, que Vauzanges sauva en fort peu de temps d'une maladie grave alors qu'elle était abandonnée par les médecins.
Comme d'autres metzes limousins, Vauzanges arrète les hémorragies. Fréquemment les hommes s'entaillent avec la hache, quelquefois même très profondément, soit en coupant le bois, soit en émondant ou en abattant des arbres. On se hâte de transporter le malade, dont le sang jaillit avec violence, chez le sorcier. Celui-ci fait autour de l'entaille des signes cabalistiques, répétés selon des rites secrets, marmotte quelques mots bizarres et le blessé aussitôt tombe en syncope. L'hémorragie miraculeusement cesse.
Comme d'autres aussi, dit-on, il sait « charmer » le feu, c'est-à-dire endormir la douleur des brûlures, empêcher le progrès du mal et amener la cicatrisation dans les quarante-huit heures. Dans l'opération à laquelle il se livre, et qu'accompagnent toujours des mots inconnus et des rites singuliers, le sorcier circonscrit la brûlure à l'aide de son pouce mouillé de salive, puis il souffle sur la plaie par trois fois consécutives et recommence jusqu'à insensibilisation de la partie atteinte.
On prétend que l'opération produit une sensation de chaleur intolérable et des picotements insupportables auxquels succède l'insensibilité. Généralement on applique ensuite un cataplasme d'oeufs durs, dont on prend le jaune seul que l'on délaie dans de l'huile ; cette bouillie est renouvelée soit au coucher, soit au lever du soleil.
Un assez grand nombre de metzes limousins passent pour être doués de ces pouvoirs. Quelques-uns, dont Vauzanges, savent aussi extraire par des procédés magiques le plomb qui a pénétré dans le corps dans un accident de chasse, par exemple ; et ces accidents sont fréquents, par suite de la maladresse des chasseurs. Le sorcier se borne à placer un plat d'étain ou de terre vernissée sous le membre touché, et, après qu'il a prononcé ses formules cabalistiques, sur un simple signe les plombs un à un tombent dans le plat. Ce dernier fait, et l'efficacité des moyens dont j'ai parlé plus haut, m'ont été affirmés par des personnes peu crédules. Je n'ai jamais eu la bonne fortune d'assister moi-même à ces opérations.
Toutes ces légendes et tous ces faits bizarres ou merveilleux me revenaient à l'esprit tandis que je gravissais la pente rude qui sépare Bonnefond du hameau de Chadebech. Arrivé sur la cime, je cherche la demeure du sorcier, sa porte est justement ouverte. Je pénètre immédiatement dans une salle assez vaste où un feu se meurt dans l'âtre. J'appelle. Une voix sourde venant d'une pièce voisine répond, - j 'avance.
Immobile, en une attitude hiératique, un homme se tient assis, enveloppé d'ombre. Une fenêtre l'éclaire à peine de lueurs frisantes qui ajoutent encore à l'étrangeté de la mise en scène, due sans doute au hasard. C'est Vauzanges.
D'une voix sourde il me dit :
« Entrez, entrez. Vous ne me voulez pas de mal, vous, je le sais, soyez le bienvenu. » Et il demeure comme figé en son immobilité.
« C'est que, fait-il ensuite, on m'a persécuté, les médecins ne m'aiment pas ... Mais que peuvent-ils ? ... Je vois et je guéris. »
Je lui manifeste le désir de le dessiner, il y consent de très bonne grâce et, mon esquisse terminée :
« Je venais vous consuller aussi, Jui dis-je ...
- Bien, bien. » Il me fait mettre la poitrine à nu et après m'avoir palpé et comme ausculté, sans appuyer sur moi son oreille, semblant écouter avec attention, à une petite distance, les rythmes de la vie en mes organes, il dit : « Là , vous avez un point faible, mais ce ne sera rien. » Et de son pouce mouillé de salive il trace des signes cabalistiques sur l'endroit désigné, puis il souffle dessus par trois fois et murmure je ne sais quelles formules incompréhensibles. Justement, depuis un certain temps, j'éprouvais quelque gêne et de vagues douleurs exactement au point qu'il venait de désigner. Faut-il attribuer le résultat obtenu à la suggestion ? Peu de jours après, mon malaise avait disparu.
Vauzanges m' intéressa heaucoup ; il souriait lorsque je lui parlais de la fameuse valse qu'il avait infligée aux gendarmes. « Je vous ferais bien danser vous-même, disait-il, mais vous souffririez trop. »
Il devenait grave lorsque j'insistais sur les secrets de guérir qu'on lui prête : « Ah ! me disait-il, le secret ne peut se dévoiler, il vient de loin ...
« Prononcer les formules magiques devant un enfant, cela n'est d'aucune importance, mais devant un homme on ne le doit », ajoutait-il. En dehors des pratiques cabalistiques secrètes, j'apprenais cependant que pour charmer le feu il invoque saint Jean, saint Pierre et saint Verbouncar (?). Pour les hémorragies, il s'adresse à saint Jean et à saint Pierre seulement.
Par simple attouchement, Vauzanges passe pour guérir les fluxions, sa seule présence arrête le saignement du nez. Un abbé m'a affirmé l'avoir vu guérir un goitre qu'aucun médecin n'était parvenu à réduire.

Vuillier quitta le mage après qu'il fut hébergé pour la nuit par ce dernier à cause du mauvais temps, sans que rien ne vint troubler son sommeil.
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