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chaylaNous avons eu l'occasion de discuter entre généalogistes, récemment, d'un abbé tristement célèbre en Cévennes, dans des temps où les religions se faisaient face et s'affrontaient, au grand malheur des populations. Tempus hoc tempore (rassurez vous, c'est de moi !)

L'abbé du Chayla doit sa réputation à une cruauté sans égal pour un prêtre ; un inquisiteur dans toute l'imagerie que l'on peut s'en faire.
Jules Rouquette, dans son ouvrage "Jean Cavalier le héros des Cévennes", ouvrage qu'il dédie à un pasteur, franc-maçon, homme politique dont la carrière fut à de nombreux titres remarquables, Frédéric Desmons, décrit dans un chapitre l'épisode, qui préfigure une guerre sans merci, de la fin de l'abbé, au Pont de Montvert.
J'en livre ci-après le contenu :

Deux hommes se sont acquis une célébrité sanglante dans l'application de l'Edit néfaste de Louis XIV : l'intendant Foucault et l'abbé du Chayla.
Le premier étendit la cruelle répression sur le Béarn, le Haut-Languedoc, le Poitou, l'Angoumois, etc.
L'autre, le féroce archidiacre, soumit aux plus affreux traitements, aux plus horribles tortures, les réformés du Bas-Languedoc, de la Lozère, du Haut et du Bas-Vivarais.
François de Langlade du Chayla, prieur de Laval, archiprêtre des Cévennes, avait été nommé inspecteur des missions du Bas-Languedoc.
Ancien missionnaire dans le royaume de Siam, il avait rapporté de l'Inde des habitudes de zèle outré, un fanatisme exagéré, une haine inassouvie contre les hérétiques, qui devaient se déverser sur les réfractaires du Midi de la France. Ayant bravé les plus atroces supplices, dont il portait la trace indélébile sur sa face mutilée et sinistre, il avait appris chez les barbares l'art de varier les tortures et de faire souffrir.
Il allait s'ingénier à appliquer aux protestants les tortures auxquelles les barbares d'Orient soumettent les convertisseurs catholiques.
Il ne dédaignait pas de faire lui-même l'office de bourreau.
Quand on lui amenait une bande de prisonniers, il faisait ouvrir avec des haches une poutre dans toute sa longueur, puis, dans cette longue entaille tenue béante, il faisait placer les pieds des prisonniers. Lorsque toute une grappe humaine était ainsi disposée le long du baliveau, on laissait le bois se resserrer ; des chevilles enfoncées de distance en distance maintenaient dans cet étau les membres meurtris des malheureuses victimes.
On appelait ceps ces chaînes d'un nouveau genre.
Pendant que cette épouvantable opération s'accomplissait, l'abbé du Chayla s'amusait à tenir en éveil ses patients.
Aux uns, il arrachait avec des pinces le poil de la barbe et des sourcils ; aux autres, c'était les ongles qu'il tirait avec des tenailles.
A ceux-ci, il plaçait des charbons ardents dans les mains qu'il maintenait fermées jusqu'à ce que la braise fût éteinte.
A ceux-là, il enveloppait les doigts dans du coton imbibé d'huile ou de graisse, et y mettait le feu, le laissant brûler, jusqu'à ce que les flammes eussent dévoré les chairs jusqu'aux os.
Comme ces supplices n'amenaient aucune conversion, l'abbé ne se gênait pas pour recourir à d'autres mesures plus radicales, sinon plus atroces.
Les condamnations aux galères, les confiscations, les pendaisons, les fusillades, la roue et les bûchers, tout était mis en oeuvre pour amener de nouveaux convertis à la messe ou découvrir soit des familles qui tentaient de fuir à l'étranger, soit des pasteurs qui essayaient d'échapper aux poursuites et s'enfermaient dans des retraites sauvages, des cavernes, des forêts profondes, soit encore des assemblées religieuses. Les plus horribles tourments attendaient les fugitifs qui se laissaient prendre, ou les fidèles qui chantaient dans des lieux écartés, dans les clairières ou sur les hauteurs,les louanges de Dieu. Ces atrocités furent poussées à un tel excès, qu'elles soulevèrent le blâme même des parents du sanguinaire abbé ; mais celui-ci n'en poursuivit qu'avec plus de zèle et d'ardeur son implacable persécution.
En juillet 1702, des jeunes filles, les demoiselles Sexti, essayent d'échapper, sous la conduite d'un nommé Massifs et en compagnie d'autres protestants, à la colère du terrible inquisiteur, à qui on a révélé leur foi ardente dans les dogmes nouveaux. Les fugitifs sont poursuivis, arrêtés et jetés dans les ceps, au pont de Montvert.
L'abbé du Chayla fait aussitôt instruire le procès de ces malheureux par le délégué de l'intendant. Il réclame un exemple et exige une punition qui épouvante tous ceux qui seraient tentés de les imiter.
En vain essaye-t-on de fléchir son farouche fanatisme. Prières, supplications, larmes, offre de riches rançons tout le laisse inflexible.
Les parents, les amis de ces infortunés se retirent le désespoir dans l'âme, et se rendent sur la montagne de Bougès, pour rendre compte de la réponse de l'abbé à leurs coreligionnaires réunis dans une assemblée absolument religieuse.
Leur récit émeut l'assistance. On frémit à l'idée des souffrances, des tortures qui menacent les prisonniers. Ne fera-t-on rien pour les arracher à la férocité de leur bourreau ?
Des prophètes, sortes d'illuminés produits par la persécution et dont l'âme s'est exaltée dans la résistance, Pierre Esprit, dit Séguier, Salomon Couderc, Abraham Majel, joignent à ces exhortations des discours enflammés et proclament que l'Esprit-Saint commande de sauver ces victimes de la religion. L'heure de la lutte a sonné ; Dieu sera à côté des combattants.
Une cinquantaine d'hommes armés de vieilles épées, de hallebardes rouillées, de faux, de fusils, de pistolets forment un corps d'expédition, sous la conduite de chefs improvisés: Esprit, dit Séguier, Rampan, Pierre Nouvel et Moïse Bonnet.
Dès que la nuit est venue, ils tombent à genoux et implorent, dans une ardente prière, l'assistance de Dieu. Ils partent, précédés d'une avant-garde de huit hommes. Les ténèbres étaient profondes quand ils arrivèrent au Pont de Montvert. Les habitations sont silencieuses, les rues désertes, tout dort dans le bourg au moment où la petite troupe y pénètre. Alors les réformés entonnent des psaumes, recommandant, dans les intervalles des versets, aux habitants que ces chants éveillent en sursaut, de ne pas se mettre aux fenêtres sous peine de mort.
Ce bruit de voix s'élevant en choeur, ces pas frappant le sol, attirent l'attention du tigre en soutane qui ne dort que d'un oeil. Il se dresse, il écoute, il regarde, et son oeil s'allume d'un sinistre éclair.
- Oh! oh! dit-il plein de fureur, ces fanatiques osent venir, ici, tenir leur assemblée. Qu'on les arrête et qu'on les fusille, crie-t-il à des séides qui ne l'abandonnent jamais.
Mais avant que ses ordres soient exécutés, sa maison est cernée et des cris impérieux lui demandent la mise en liberté des prisonniers.
Lui enlever ces hérétiques, ces relaps voués à la roue ou au bûcher! autant lui arracher les entrailles.
- Feu sur les suppôts de Satan ! s'écrie-t-il.
La fusillade éclate ; un des réformés est mortellement atteint.
La fureur des protestants s'alluma devant cet attentat. Des cris de mort partent de leurs rangs. On se précipite sur la porte de la maison habitée par l'abbé du Chayla, on l'enfonce avec des haches et des poutres. L'abbé court, affolé, de chambre en chambre, et se réfugie dans un cabinet voûté du second étage.
Cependant les protestants se sont élancés vers les prisons Dour délivrer leurs coreligionnaires. A la vue de ces infortunés, brisés, exténués par les privations, les souffrances, les mauvais traitements, la joie bruyante des libérateurs se change en cris de rage. Ils somment l'abbé de se rendre. Mais celui-ci, au lieu de parlementer, fait exécuter une seconde décharge qui va atteindre un des assistants.
Alors, pour en finir, ceux-ci mettent le feu à la maison.
La flamme se propage avec rapidité. L'abbé qui cherche à fuir a l'épaule brûlée. Un de ses domestiques l'aide à attacher un drap de lit à une fenêtre par où il pourra gagner son jardin. Mais le malheureux, dans sa descente vertigineuse, se laisse tomber et se casse une cuisse.
Brûlé, sanglant, il a encore la force de se trainer vers la haie de son jardin. Mais les flammes de l'incendie trahissent sa présence sous les touffes du buisson, et il entend, non sans terreur, ce cri partir de la bouche de ses ennemis :
- Allons garrotter le persécuteur des enfants de Dieu !
Au même instant l'abbé est entouré, saisi, traîné jusqu'au milieu du jardin.
Les réformés, au paroxysme de la fureUr, l'oeil sanglant, la bouche écumante, brandissent leurs armes d'un air terrible, en s'écriant :
- L'abbé, tu vas mourir!
- Eh ! mes amis, répliqua cet homme de fer, avec une ironie et un sang-froid vraiment incroyables, si je suis damné, en voulez-vous faire de même ?
Mais, au lieu de lui répondre, le chef de l'expédition s'approche de lui, et son bras, guidé par la lueur de l'incendie, enfonce jusqu'à la garde une épée dans la poitrine de l'abbé, en lui disant :
- Voilà pour les violences que tu as fait subir à mon père!
C'est le signal donné.
Tous ceux qui ont un grief contre le terrible prêtre vaincu s'avancent et le frappent.
- Voilà, lui dit un nommé Lefort, pour le supplice que tu m'as fait subir en m'arrachant avec des pincettes les poils de ma barbe, de mes cils et de mes sourcils !
- Voilà, s'écrie Couderc, pour Françoise Brez, du Pont de Montvert, que tu as fait étrangler, parce qu'elle avait reproché à de nouveaux convertis d'être retournés à la messe !
Ces reproches sanglants, suivis d'un coup mortel, se succèdent et se multiplient à ce point, que bientÔt le corps du bourreau vaincu ne forme plus qu'une plaie.
Lorsqu'on releva son cadavre, on le trouva percé de cinquante-deux coups d'épée, de faux ou de poignard.
Cette exécution était comme le prologue du grand drame qui allait bientôt se jouer dans les Cévennes.
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