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lautrec isaureDepuis le XIVe siècle, l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse récompense les poètes en leur attribuant des fleurs, d'or ou d'argent. Les fleurs actuelles sont au nombre de huit en argent : violette, souci, églantine, lys, primevère, oeillet, immortelle et narcisse ; une en vermeil, le laurier ; une en or, le liseron.
La fondation de cette académie, par sept troubadours, à la Toussaint 1323, et qui décernèrent le premier prix le 3 mai 1324, est renforcé par la semi-légende de la dame Clémence qui, par ses libéralités, à la fin du XIVe, créa une fondation pour le paiement de trois fleurs annuelles : la violette, l'églantine et le souci.
Cette dame Clémence deviendra Clémence Isaure.

J'ai retrouvé dans un recueil de chansons de 1859, un chant dont les textes sont de Florian (Sauve, Gard 1755, Sceaux, Hauts-de-Seine 1794), relatant l'amour impossible de Clémence Isaure et Lautrec, et comment furent choisies les trois fleurs.

A Toulouse il fut une belle,
Clémence Isaure était son nom :
Le beau Lautrec brûla pour elle,
Et de sa foi reçut le don.
Mais leurs parents trop inflexibles
S'opposaient à leurs tendres feux.
Ainsi toujours les coeurs sensibles
Sont nés pour être malheureux.

Alphonse, le père d'Isaure,
Veut lui donner un antre époux.
Fidèle à l'amant qu'elle adore,
Sa fille tombe à ses genoux :
"Ah ! que plutôt votre colère
Termine des jours de douleur !
Ma vie appartient à mon père ;
A Lautrec appartient mon coeur."

Le vieillard, pour qui la vengeance
A plus de charmes que l'amour,
Fait charger de chaînes Clémence,
Et l'enferme dans une tour.
Lautrec, que menaçait sa rage,
Vient gémir au pied du donjon,
Comme l'oiseau près de la cage
Où sa compagne est en prison.

Une nuit, la tendre Clémence
Entend la voix de son amant ;
A ses barreaux elle s'élance,
Et lui dit ces mots en pleurant :
"Mon ami. cédons à l'orage ;
Va trouver le roi des Français :
Emporte mon bouquet pour gage
Des serments que mon coeur t'a faits.

L'églantine est la fleur que j'aime,
La violette est ma couleur ;
Dans le souci tu vois l'emblème
Des chagrins de mon triste coeur.
Ces trois fleurs que ma bouche presse
Seront humides de mes pleurs ;
Qu'elles te rappellent sans cesse
Et nos amours et nos douleurs!"

Elle dit, et par la fenêtre
Jette les fleurs à son amant.
Alphonse, qui vient à paraître,
Le force de fuir tout tremblant.
Lautrec part. La guerre commence,
Et s'allume de toutes parts :
Vers Toulouse l'Anglais s'avance,
Et brûle déjà ses remparts.

Sur ses pas Lautrec revient vite :
A peine est-il sur le glacis,
Qu'il voit des Toulousains l'élite
Fuyant deVant les ennemis.
Un seul vieillard résiste encore :
Lautrec court lui servir d'appui ;
C'était le vieux père d'Isaure ;
Lautrec est blessé près de lui.

Hélas ! sa blessure est mortelle,
Il sauve Alphonse et va périr.
Le vieillard fuit ; Lautrec l'appelle,
Et lui dit avant de mourir :
"Cruel père de mon amie,
Tu ne m'as pas voulu pour fils !
Je me venge en sauvant ta vie :
Le trépas m'est doux à ce prix.

Exauce du moins ma prière ;
Rends les jours de Clémence heureux :
Dis-lui qu'à mon heure dernière
Je t'ai chargé de mes adieux ;
Reporte-lui ces fleurs sanglantes,
De mon coeur le plus cher trésor,
Et laisse mes lèvres mourantes
Les baiser une fois encor.

En disant ces mots il expire.
Alphonse, accablé de douleur,
Prend le bouquet et s'en va dire
A sa fille l'affreux malheur.
En peu de jours la triste amante
Dans les pleurs terminant son sort,
Prit soin, d'une main défaillante,
D'écrire un testament de mort.

Elle ordonna que chaque année,
En mémoire de ses amours,
Chacune des fleurs fût donnée
Aux plus habiles troubadours.
Tout son bien fut laissé par elle
Pour que ces trois fleurs fussent d'or.
Sa patrie, à son voeu fidèle,
Observe cet usage encor.
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