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vuillier 1Lors de son voyage effectué en 1898 et 1899, Gaston VUILLIER s'est intéressé à la sorcellerie et aux magiciens corréziens. Il a vécu et s'est imprégné du pays au point d'en avoir capté une sensibilité qu'il dépeint dans "Le Tour du Monde", le nouveau journal des voyages. Fixé en Corrèze, il sera un des farouches défenseurs et propagateur du site des cascades de Gimel.
En introduction de son article "Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze", il présente les habitants de ces contrées, sortes de fossiles vivants n'ayant guère évolué au fil des siècles si ce n'est par quelques touches ça et là, d'étrangers de passage. Son point de vue, tout à fait rationnel, est à reporter à une époque de paysannerie et de ruralité française, qui, pour certains historiens, ne se finira qu'après la fin de la Première Guerre Mondiale, sans évolution comportementale notable depuis le début du Moyen Âge.
J'ose à peine imaginer quelle serait la réaction, une petite centaine d'années après ses voyages, de M. VUILLIER en découvrant la Corrèze des hauts plateaux actuelle !

Ici, en dehors de l'empreinte sauvage que donnent aux montagnards les bois, les torrents et les nuées, nous constatons d'abord l'action manifeste de lois ataviques. Dans une étude très sérieuse et très savante sur les races humaines du plateau central, publiée par le Bulletin archéologique de la Corrèze, M. Roujou a établi que les points culminants de la région corrézienne servirent d'asile aux plus anciennes races de l'Occident. Il a découvert, au milieu de populations supérieures ayant pénétré plus tard, la présence de types humains d'une extrême infériorité et remontant, vaisemblablement, à une antiquité très haute. Il a également révélé, en ces parages, l'existence, longtemps contestée, des races mongoloïdes. Mais celles-ci sont de moeurs assez douces.
Il m'a été facile d'en reconnaître moi-même des individus dont les principaux signes distinctifs sont: les cheveux noirs, rudes, plantés droits, les yeux obscurs et bridés, la peau jaunâtre. En certaines régions stériles de la montagne, et çà et là dans les pentes inférieures, on retrouve, dans plusieurs hameaux, le Liguroïde au type caractéristique, dont le naturel a conservé la cruauté, la bestialité et la rapacité des vieux ancêtres. Comme leurs aînés ils sont farouches, taciturnes, méfiants; longtemps ils demeureront ennemis de tout progrès.
Je connais, en Corrèze, des villages entiers à réputation mauvaise dont les habitants se livrent encore à la rapine. Dans la montagne, certains individus isolés sont presque à l'état sauvage. Ce sont des hommes d'allure grossière qui se sont établis, au hasard de leurs courses vagabondes, dans les forêts. Choisissant le voisinage des routes, ils ont construit avec des branchages et de la terre glaise des huttes où ils vivent solitaires. Ils ont fort peu de contact avec la population, qui les redoute. Leurs moyens d'existence sont tirés de la forêt; elle leur fournit des champignons et des fagots qu'ils vont vendre à la ville. Un peu de braconnage quelquefois aidant, ils peuvent mener une vie primitive de liberté. Ces faits ne sont pas nouveaux : de tout temps, en Corrèze, des groupes se signalèrent par des habitudes de rapine. Dans la région haute du département est le village de Rat, dont le nom s'écrit Rapt dans les vieilles archives : c'est déjà une indication. Ce village est sous la protection de Saint Roch, patron des bestiaux. Ces noms conviennent bien à ce pays druidique entouré de dolmens, perdu dans les landes. D'autres noms révèlent une origine celtique: Châtor, par exemple, Pierrefitte, ce dernier indiquant un menhir, une pierre figée, et combien d'autres !
Un peu partout a persisté dans les moeurs le principe de solidarité barbare qui consiste à ne jamais dénoncer un malfaiteur. C'est un peu l'Omerta de Sicile. La tendance à la vendetta est d'ailleurs manifeste.
Mais le caractère sournois, défiant et prudent à l'excès de ces gens empêche, en général, les vengeances de s'exercer ouvertement comme en Corse. Pour s'assouvir, ici, la haine s'entoure de ruse, elle est étroite et mesquine. Il en résulte que la criminalité est peu élevée dans le département, et qu'aux yeux de personnes peu attentives la population montagnarde pourrait apparaître de moeurs douces et de manières bienveillantes.
Ce mélange de races barbares, cette persistance d'impulsions primitives nous expliquent pourquoi les superstitions et les légendes du Limousin n'offrent point la poésie nébuleuse et attachante qui les distingue dans la Bretagne celtique. Et pourtant quels paysages mieux que ceux de la Corrèze pour éveiller la poésie ! Mais l'atavisme dirige plutôt ces races vers la sorcellerie et la magie noire, vers l'effroi des nuées et des tempêtes, vers des conceptions d'épouvante.
Fort heureusement qu'à côté des Liguroïdes et des Berbères aux instincts pervers, vivent les descendants de races supérieures, Gaëls, Arabes, Phéniciens, plus pacifiques et plus sociables; hâtons-nous de le dire, ils sont en assez grand nombre.
Quoi qu'il en soit, le paysan limousin en son ensemble est fort pauvre, il dispute sa vie au sol maigre, sous un ciel rude; ignorant et faible, il devient facilement la proie de gens d'affaires peu scrupuleux, et dès lors la loi, qui devrait être tutélaire pour lui, l'effraye. Sa prudence excessive, son âpreté dans les questions d'argent s'expliquent naturellement. Cependant la confiance est de règle dans les rapports de paysan à paysan, et il faut leur reconnaître même une loyauté peu commune. Jusqu'en ces dernières années les prêts d'argent se sont faits sur parole, et rarement l'un d'eux s'est soustrait à ses engagements d'honneur.
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