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robert le diableLe chevalier revêt toujours à nos yeux une armure blanche scintillante et pourfend le vilain à longueur de temps, usant de son aura auprès d'une population rassurée par sa seule présence. Il en est ainsi, et seuls l'appât du gain, la recherche du pouvoir, ou bien même une folie, font dévier le chevalier de sa noble tâche.
Ces dangereux individus sont heureusement fort rares et font parfois, comme dans le cas ici évoqué, plus parler d'eux que la grande majorité des autres.
C'est dans ces campagnes où quelques uns de mes ancêtres ont vécu, que le dénommé Robert de MARTIMPUYS sévissait. Il fit souffrir un trés grand nombre de ces pauvres gens, s'étant mis à combattre le clergé, pour une raison non évoquée dans cet article, mais vraisemblablement aussi futile que ce que peut l'être la cession d'un bout de terrain à l'autre bout de la seigneurie.
Ce qui me surprendra, encore une fois, mais j'en viens à m'y habituer, dans ce récit, c'est la magnanimité dont a fait preuve Robert le Diable, se repentant, payant quelques moines et évêques, par ci, par là, afin de sauver son âme.

Le texte ci-après est extrait du tome premier de "Le Morvand ou essai géographique et historique sur cette contrée", par le curé BAUDIAU

Le pillage et le vol n'étaient pas toujours le fait de brigands de bas étage ; on voyait souvent des seigneurs de haut lignage s'y livrer sans honte, ni retenue. Robert de Martimpuys, écuyer, gentilhomme picard, bailli d'Autun et de Montcenis, justement surnommé Robert-le-Diable, se porta aux plus coupables excès contre l'évêque Geoffroy Pauteix et ses clercs. Associé à Huguenin de Juilly, seigneur de Gouloux, à Girard de Thury, à Hugues de Champdivers, au sire de Montmorillon, à Simon de l'Estang-Verdel, à Guillaume de Saisy, à Joachim Langlois, à Jean Crochaut, au bâtard de Tintry et à divers autres chevaliers d'industrie, armés jusqu'aux dents, il s'empara successivement des châteaux de Lucenay, de Thoisy-la-Berchôre, d'Issy l'Évêque ...
Il y passa, avec eux, des semaines entières, pillant les pauvres villageois des environs et se livrant, contre les sujets de l'Église, aux plus criminelles voies de fait. En se retirant, ces misérables enlevèrent l'or, l'argent, les joyaux, le linge , les matelas et autre mobilier ; le vin en tonnes et en pots, le blé, l'orge, l'avoine et jusqu'au poisson des étangs. Ils chassèrent
devant eux des troupeaux de boeufs, de vaches, de chevaux, de moutons, de pourceaux ... qu'ils  emmenèrent dans sa maison de Marchaud et au château de Montcenis. Lorsque les pauvres paysans voulurent défendre leurs biens, ils furent traités par ces barbares avec la plus atroce cruauté. Etienne Corney et Regnaud Loisey, hommes taillables de l'évêque, à Thoisy, furent couverts de plaies, et Hugon Dubois fut accablé de coups, mis aux fers et détenu longtemps au carcere duro. André Faicent, portier du château de Lucenay, dépouillé de ses vêtements, fut étendu sur des charbons ardents pour le contraindre à indiquer certains objets précieux qu'ils cherchaient. Ce malheureux endura de si affreux tourments, qu'il en perdit la vue et expira bientôt sous les yeux de ces hommes féroces.
Non contents de ces brigandages et de ces atrocités, ils s'introduisirent dans la chapelle de l'évêque et la dépouillèrent des calices, ciboires, reliquaires, livres enrichis de pierres fines, en un mot, de tous les vases en argent et autres ornements qui s'y trouvèrent. Enfin, le lendemain de la fête du Saint-Sacrement del'an 1365, ils pénétrèrent, par escalade, dans le monastère de Saint-Jean d'Autun et y causèrent le plus grand effroi. Robert de Martimpuys  s'introduisit, par une fenêtre, dans la cellule d'Isabeau de Savigny, l'une des novices, et se serait porté sur elle au plus criminel excès, si cette pieuse fille, s'échappant de ses mains, ne se fût soustraite à sa honteuse passion à la faveur des ténèbres et du trouble qu'il avait excité dans le couvent.
Les excès de cet homme, si cruel envers les gens attachés à la personne de l'évêque, et surtout envers les clercs, jetèrent parmi eux tant d'effroi et de crainte, que nul n'osait plus sortir
du palais épiscopal, ni se montrer en ville. Il n'avait à la bouche que des blasphèmes ou les mots grossiers de b..., garciones, dont il se servait même envers l'évêque. Le trait suivant achèvera de peindre ce barbare.
Le sire de Rahon n'ayant pas fait, dans les délais voulus par la coutume, aveu pour sa maison forte de Chazeu, Robert, furieux, s'y transporte avec ses gens, s'empare du château de vive force et en chasse le seigneur et ses serviteurs. Ayant aperçu, parmi les expulsés, Guillaume Bernard avec une couronne cléricale, il se jeta brutalement sur lui et le renversa dans les fossés, où ce malheureux se meurtrit le corps.
Tant d'horreurs méritaient une répression exemplaire. Le roi l'ajourna, le 1er septembre 1369, par-devant sa cour du parlement ; mais Martimpuys se donna garde d'y paraître en personne. Il se contenta d'envoyer à ses juges une longue justification écrite, où il disait "que il estoit un bon escuyer, de haut lignage et de noble extraction ; que il estoit très-bon homme d'armes et expert et bien taillé pour gouverner gens d'armes et pour estre bon capitaine et bien le sçait faire. Que il est et a toujours esté de bonne renommée et de conversation honeste, sans vilain reproche et sans avoir esté rioteux, ne noyeux à ses voisins, ne aux seigneurs du pays, avec lesquels il a conversé et fréquenté ; que il a accoustumé, et ainsi l'a-t-il faict toujeours, de bien servir le roy, nostre sire, et loyaulment en faict d'armes, où il a très-grandement employé son corps et sa chevance, et par plusiours fois ...".
Robert, persuadé sans doute que ses crimes parleraient plus haut que sa justification, prit le parti de quitter le pays et se retira à Montluçon, où il mourut en 1373, mais en vrai pénitent. Par son testament, du 14 novembre de la même année, il légua à l'église Sainte-Marie de cette ville l'armure de son corps et son cheval gris, equum seu cursorem meum grisum, et quarante francs d'or au chapitre d'Autun, afin de fonder un anniversaire pour le remède de son âme et une chapellenie en l'honneur de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Ses cruels complices ne finirent pas aussi heureusement leur vie. Huguenin de Juilly, seigneur de Gouloux, fut pendu un samedi de carême, en 1377, avec plusieurs autres malfaiteurs, au gibet de la Genetoie, près Autun, où il fut conduit honteusement sur une charrette.
Tant de déprédations et de crimes, qui se renouvelaient sans cesse, firent penser aux habitants des villes et des bourgs à se fermer de murailles ou à réparer les vieilles fortifications. Les bourgeois de Moulins-Engilbert, les premiers, obtinrent en 1386, de Marguerite de Flandre, comtesse de Nevers, la permission de clore leur ville. Ceux de Château-Chinon, de Corbigny, de Lormes, de Luzy, de La Roche-Milay, de Saulieu, de La Roche-en-Breny, de Rouvray, d'Avallon, de Pierre-Perthuis firent de même, peu de temps après.
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