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meunierSuivant une légende du Berry, le diable, après avoir examiné quel pouvait être de tous les métiers d'ici bas celui qui rapportait le plus et celui où il était le plus facile, pour quelqu'un de peu scrupuleux, de faire fortune, ne tarda pas à être convaincu que c'était celui de meunier. Il établit sur la rivière de l'Igneraie un moulin tout en fer, dont les diverses pièces avaient été forgées dans les ateliers de l'enfer. Les meulants vinrent de tous côtés à la nouvelle usine, dont la vogue devint si grande, que tous les meuniers des environs, dont on avait du reste à se plaindre, furent réduits à un chômage complet. Quand le diable eut accaparé toute la clientèle, il traita si mal ses pratiques, que celles-ci crièrent plus que jamais misère. Saint-Martin, qui passa par là, résolut de venir en aide à ces pauvres gens. On était en hiver, et il construisit, en amont de celui du diable, un moulin tout en glace. De toutes parts on y vint moudre, et chacun s'en retourna si content de la quantité et de la qualité de la farine qui lui avait été livrée par le nouveau meunier, que le diable se trouva à son tour sans pratiques. Alors il vint proposer à Saint Martin d'échanger son moulin contre le sien. Le saint y consentit, mais il demanda en retour mille pistoles : c'était exactement la chiffre du gain illicite que le diable avait fait depuis qu'il était meunier. Pendant huit jours, celui-ci fut satisfait de son marché, mais alors il vint du dégel : les meules commencèrent à suer, et au lieu de la farine sèche qu'elles donnaient auparavant, elles ne laissèrent plus échapper que de la pâte.
La mauvaise réputation des meuniers, assez justifiée autrefois, vient du fait que, au lieu de recevoir un salaire, ils exerçaient un prélèvement en nature sur les grains qui leur étaient confiés. On imagine facilement tous les abus possibles et nombre de condamnations punies par l'amende ou le pilori, ce qui ne les empêchait guère de "tirer d'un sac double mouture".

Les meuniers se justifiaient, comme dit dans un poème du XIIIe siècle, en mettant cela sur le compte des rats qui dévalisaient le grenier de nuit, et les poules qui le mettaient à contribution le jour. Un dicton de la Corrèze semble prouver que cette excuse n'est pas tombée en désuétude :
Moulinié, farinié,
Traouquo chatso, pano bla
Et peï dit que coï lou rat.
Meunier, farinier,
Perce le sac, vole le blé
Et dit que c'est le rat.
Les meuniers aimaient également à pratiquer plusieurs modifications de leur moulin, des meules ou des installations, afin de récupérer, à chaque fois, un peu de farine qui "restait dans un coin" ou se perdait dans les engrenages.
A Saint-Malo, on dit aux petits enfants en les faisant sauter sur les genoux :
Dansez, p'tite pouchée,
Le blé perd à la mouture,
Dansez, p'tite pouchée,
Le blé perd chez le meunier.
Les meuniers sont des larrons,
Tant du Naye que du Sillon.

En Belgique, le dimanche de la Quasimodo est appelé l'joù d'monni, le jour aux meuniers, parce que l'on prétend que ceux-ci ne se pressent guère de faire leurs Pâques et attendent le dernier moment pour se mettre en règle avec leur conscience. L'ancien proverbe français : "Faire ses Pâques avec les meuniers", se disait de celui qui ne communiait que le dernier jour du temps pascal.

La croyance populaire attribue aux meuniers une sorte de puissance occulte, et elles les range au nombre des corps d'état qui fournissent des adeptes à la sorcellerie ou exercent la mdédecine empirique par un privilège attaché à la profession. Il en est que l'on va secrètement consulter pour savoir comment se rendre au sabbat, retrouver des objets perdus ou se procurer des charmes. D'autres peuvent jeter des sorts à ceux qui leur déplaisent et se venger, même à distance.

Le moulin partageait autrefois avec le lavoir et le four le pricilège d'être un des endroits où les femmes bavardaient le plus volontiers ; on dit encore en Bretagne : "Au four, au moulin, on apprend des nouvelles".

Dans le nord de la France, lorsqu'il arrive un décès chez un meunier, le moulin est mis en deuil, c'est à dire les ailes placées en croix, et elles restent ainsi jusqu'au moment de l'innhumation. En Vendée, les ailes sont en croix de Saint André ; s'il s'agit d'un mariage ou d'une naissance, un bouquet est attaché en haut.

Légendes et curiosités des métiers - Paul Sébillot
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